2022 – Semaine 14

Pénurie de blé

 


Une des conséquences dramatiques que va avoir l’invasion de l’Ukraine par la Russie est que les livraisons vers les pays qui importaient une grande partie de leur blé d’Ukraine ne pourront avoir lieu et que la hausse des prix qui en découlera causera certainement des conflits sociaux, des émeutes et même des famines en particulier en Afrique de l'Est et en Afrique du Nord. En effet l’Ukraine exportait jusqu’à présent environ 75 % de sa production de blé et même si, contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette production cette année ne sera pas nulle mais seulement réduite de moitié, elle ne pourra fournir au mieux qu’environ le tiers du blé habituellement exporté, l’interdiction directe et indirecte des exportations de la Russie, elle-aussi grande exportatrice de céréales, ne venant qu’aggraver la situation.
Rappelons que dans la plupart des pays africains le pain est l’une des rares denrées alimentaires de première nécessité dont le prix n’a subi aucune augmentation depuis une dizaine d’années mais que dans les années 80, en Égypte, au Maroc et en Tunisie, la hausse du prix du pain avait déclenché des émeutes dites « émeutes du pain ». Si face à cette crise imminente des pays d’Afrique du Nord essaient de constituer des stocks stratégiques de blé, certains pays africains envisagent d’avoir recours à d’autres céréales ou légumineuses cultivées en Afrique pour se passer du blé russe ou ukrainien et ainsi éviter les pénuries alimentaires mais nul ne sait si ces actions pourront éviter le pire.
L’Europe, pour produire davantage et afin de compenser les perturbations de l'offre céréalière, a annoncé une dérogation temporaire pour l'année 2022 des règles sur les terres en jachères mais il semblerait que certains écologistes, bien qu’il ne s’agisse que d’une mesure temporaire, aient fait remarquer que l'exploitation des terres laissées « au repos » pouvait entraîner un important déséquilibre de la biodiversité. Renseignements pris, en réalité les terres en jachère ne seraient pas toutes susceptibles d’être exploitées et ne permettraient d’ailleurs pas, dans certaines régions, de planter du blé.
L’organisation non gouvernementale Greenpeace, elle, a demandé aux États européens de réduire immédiatement la production industrielle de viande, d’œufs et de produits laitiers de manière à diminuer de 8 % l’utilisation des céréales, assurant que la réduction de l’élevage industriel permettrait de compenser le déficit en blé ukrainien. Ceci étant si l’on ne peut qu’être convaincu de l’intérêt de l’élevage extensif (non intensif) où, par exemple, les vaches ne mangent que de l’herbe et non pas aussi des céréales ou du soja, l’on doit aussi se soucier des prix de la viande, des œufs et des produits laitiers pour les plus modestes d’entre nous, surtout en période d’inflation et non pas forcément privilégier des solutions qui vont les faire augmenter davantage. Il serait d’ailleurs intéressant, si l’inflation continue et se renforce même chez nous, de voir quels seront ses effets sur les achats de produits bios, encore plus chers que les autres.
Pour en revenir à ceux qui seront le plus touchés par l’envolée des prix mondiaux, c’est-à-dire certains pays du Moyen-Orient et tous les pays d’Afrique qui importaient principalement leur blé de Russie et d’Ukraine, l’on ne peut qu’être inquiet au sujet des conséquences que cette crise alimentaire va créer. Pourront-ils, du moins quelques-uns, mettre en place des subventions pour l’achat du pain, de la semoule et de la farine ? Les efforts de certains pays exportateurs comme la France leur permettront-ils, grâce la fourniture de blé non-ukrainien, de surmonter cette période difficile ? Des émeutes susceptibles de déstabiliser les régimes en place auront-elles lieu ? Des famines apparaîtront-elles ? Seront-elles suivies de flux migratoires ? Les aides seront-elles efficaces ?
Bref beaucoup d’interrogations face à une pénurie alimentaire majeure que le régime russe savait bien qu’il allait créer en envahissant son voisin qui était, comme la Russie, l’un des principaux exportateurs de blé de la planète mais il ne s'est pas arrêté à ce détail.

 
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