2022 – Semaine 40

Tabac & co

 

En cette période d’inflation où l’on a déjà du mal à acheter à manger et où l’on va avoir du mal à se chauffer on ne peut que s’étonner que l’État français, qui prétend vouloir nous aider à surmonter cette épreuve, n’ait rien de plus pressé à faire que de vouloir augmenter le prix des cigarettes et du tabac. En effet une hausse d’environ 7 % a été annoncée car il n’est pas question que les fumeurs profitent de l’inflation pour payer un peu moins cher leurs cigarettes et qu’ils puissent ainsi par exemple régler un peu plus facilement leurs factures puisqu’ils ont à leur disposition une solution évidente qui consiste à arrêter de fumer.
Rappelons que le tabac causerait 75.000 décès chaque année et que l’alcool lui serait responsable de 50.000 morts par an et que plus de 82 % des 10 euros payés pour un paquet de cigarette, soit 8,20 euros, reviennent à l’État, paquet qui sans taxe ne coûterait qu’un euro et 80 centimes. Pour une bouteille de vin, le total des taxes représente environ 20 % du prix et 60 % pour une bouteille de whisky. Les taxes sur les alcools rapportent moins que celles sur les cigarettes, 4 milliards contre 14 milliards pour le tabac et on ne peut que constater qu'il y a deux poids deux mesures concernant ces deux produits puisque l’État a choisi d’épargner l’alcool pour ne s’attaquer qu’à la consommation du tabac. D’où les images obscènes sur les paquets de cigarettes (accompagnées du fameux slogan « Fumer tue »), qui ne figurent pas sur les bouteilles des boissons alcoolisées, d’où les publicités interdites pour le tabac mais toujours autorisées pour l’alcool dans la presse écrite, à la radio, et sur Internet à l’exception des sites principalement destinés à la jeunesse ou dédiés au sport. Ceci dit il ne faudrait pas oublier que le risque d'être responsable d'un accident mortel est multiplié par 17,8 chez les conducteurs alcoolisés et pas du tout chez les conducteurs fumeurs et que la consommation d’alcool est impliquée entre autres dans 32 % des actes de délinquance (vandalisme, destructions) et dans 35 % des agressions familiales (dont les violences envers les femmes) mais apparemment pas le tabac (même si ce dernier est aussi nuisible pour les autres à cause du tabagisme passif). On a donc 2 types de drogues, l’alcool et le tabac, qui sont responsables l’une et l’autre en France de dizaines de milliers de décès de personnes qui les consomment mais dont l’une (l’alcool) engendre des violences, drogues pour lesquelles l’État se conduit en père Fouettard pour le tabac et en père bienveillant pour l’alcool.
Et en termes de coûts et pour montrer à quel point cette différence de traitement est injustifiée, les soins liés au tabagisme coûteraient 12 milliards à l’assurance maladie et ceux pour l’alcoolisme peut-être 10 milliards (chiffre souvent sous-évalué) et même 20 milliards si l’on prend en compte l'ensemble de son coût sanitaire et social.
Bien sûr il s’agit dans les 2 cas d’addictions avec dépendance physique et se passer de ces 2 drogues est une chose souhaitable mais, concernant le tabac, il faut remarquer que l’État ne se soucie absolument pas, à partir du moment où il existe des possibilités d’être « aidé » pour arrêter de fumer, des situations des personnes à faibles revenus qui, pour des raisons diverses, ont du mal à stopper ou à réduire leur consommation et qui, à cause de l’augmentation vertigineuse des prix ces dernières années, se ruinent et se retrouvent souvent dans des situations de surendettement.
Enfin il est curieux qu’en une période où l’idée de la légalisation du cannabis est en constante progression, cannabis qui est souvent mélangé avec du tabac pour être fumé, l’on tolère l’acharnement contre ce dernier dont font preuve un certain nombre d’ayatollahs du monde médical, ayatollahs qui ont comme obsession de nous montrer, grâce à des photos et des chiffres, tous les ravages que peut causer le tabac sur l’organisme. En toute logique il conviendrait que ceux-ci s’intéressent également à l’alcool ou même aussi au cannabis. Et il faudrait surtout qu’ils essaient de prouver qu’ils sont vraiment utiles en inventant, puisque un certain nombre de fumeurs ne sont pas capables d’arrêter, une substance médicamenteuse que l’on ajouterait au tabac lors de sa fabrication pour en diminuer les effets nocifs.
Ainsi Fumer tuerait moins et l'État serait, en principe, moins tenté de persécuter les fumeurs.

 
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