2021 – Semaine 47

La tentation d’Emmanuel Macron

 


Bien sûr ce n’est pas encore fait mais à force de lire, jour après jour, en examinant les sondages, qu’il sera forcément présent au second tour et qu’il sera sans doute réélu s’il se retrouve face à un adversaire d’extrême-droite, Emmanuel Macron se met à songer à l’avenir. Et l’avenir immédiat après la présidentielle ce sont bien sûr les élections législatives qui ont lieu habituellement 5 semaines après. Mais en 2022, puisque le second tour de la présidentielle ne pouvait se dérouler les dimanches 1er ou 8 mai, celle-ci a été avancée aux 10 et 24 avril et l’on aura donc, les dates des législatives étant déjà fixées, 8 semaines, au lieu de 5, entre le résultat de la présidentielle et le second tour des législatives.
Ce délai serait bien sûr, pour Emmanuel Macron et son entourage, beaucoup trop long car l’euphorie de la victoire retombée, certains électeurs pourraient être tentés de voter pour d’autres candidats que ceux du président victorieux.
C’est pourquoi, selon le quotidien l’Opinion, Emmanuel Macron envisagerait (pourrait être soumis à la tentation) de dissoudre l’Assemblée nationale immédiatement après sa réélection pour pouvoir organiser les législatives les 22 et 29 mai au lieu des 12 et 19 juin, l’important semblant être de ne pas laisser le temps aux électeurs de trop réfléchir.
Rappelons que les législatives n’ont pas toujours suivi la présidentielle et que jusqu’en 1997 elles s’intercalaient entre 2 élections présidentielles. Le choix de les placer juste après l'élection du chef de l'État a été dicté par la volonté d’éviter les cohabitations, le président élu obtenant en principe immédiatement une majorité lui permettant de gouverner sereinement mais, ce faisant, l’on a transformé les législatives en une simple vote de confirmation de la présidentielle et surtout l’on a oublié les cas spéciaux, par exemple celui où un président est élu essentiellement grâce au rejet que suscite son adversaire chez une partie de la population. Or si Macron était réélu face à un candidat d’extrême-droite et grâce à ce que l’on peut appeler le « front républicain », ce serait la deuxième fois que cela se produirait pour lui avec le risque que les électeurs se demandent s’il convient de donner à nouveau la majorité aux législatives à un président élu, puis réélu, d’une manière si particulière.
Qui plus est il y a aussi 2 éléments à prendre en compte : le fait qu’Emmanuel Macron aura été plutôt à l’écoute des diverses préoccupations des Français durant son premier quinquennat mais que rien ne garantit qu’il en soit de même pendant le second puisqu’il n’aura plus alors en tête l’obsession d’être réélu et donc le besoin de plaire et puis bien sûr le caractère particulier de l’orientation politique d’Emmanuel Macron qui est pour le moins floue et qui fait que l’on ne peut absolument pas prédire quelles seraient ses positions sur certains sujets importants pendant son second mandat s’il disposait à nouveau de la majorité.
Dans ces conditions, même s’il avance la date des législatives après avoir dissous l’Assemblée, ce qui lui ferait gagner, selon les calculs de ses conseillers, environ 45 députés grâce à ce « tripatouillage » qui ne manquerait pas de susciter bien des réactions, il serait sans doute préférable, même si c’est devenu la coutume depuis 2002, qu’il n’obtienne pas de majorité à l’Assemblée ce qui permettrait ainsi aux Français de garder un certain contrôle sur ses actions.
Qui plus est, puisque la création de son parti « fourre-tout » (LaREM) a eu comme effet de déstructurer le paysage politique français, le fait qu’il soit obligé de faire des alliances avec d’autres partis modérés pour gouverner ne serait pas forcément une mauvaise chose et marquerait même peut-être le début d'un retour à une certaine normalité.
Mais bien sûr nous n'en sommes pas encore là car Macron, jusqu'à preuve du contraire, n'est pas encore réélu et n'est même pas d'ailleurs encore candidat.

 

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