2022 – Semaine 35

L’obésité médiatique

 

Alors qu'une loi impose que les publicités pour les produits alimentaires se terminent par des messages sanitaires mettant en garde les clients contre les effets néfastes que leur consommation excessive peut causer à la santé, par exemple « Pour votre santé, limitez les aliments gras, salés et sucrés », messages destinés principalement à lutter contre l’obésité qui est un problème de santé publique, dans le même temps depuis quelques années les médias (télévision, radio, presse etc.) ont multiplié le nombre d’émissions ou d’articles consacrés à la nourriture, plus précisément le plus souvent à la haute gastronomie. Bien sûr nous sommes en France où la culture culinaire est fortement enracinée mais les médias n’ont semble-t-il pas réfléchi aux conséquences qu’une diffusion excessive d’un sujet tel que celui de la nourriture pouvait créer et ils ne parlent presque plus que de ça. On a donc désormais des dizaines d’émissions : « Top Chef », « Cauchemar en Cuisine », « Le Meilleur Pâtissier » etc. sur M6, grande amatrice du genre, « Petits plats en équilibre » sur TF1, « MasterChef » et « Simplissime des recettes fraîches et faciles » sur France 2, « Cuisine ouverte », «  Le goût des rencontres », « Saveurs de saison » et « Les carnets de Julie » sur France 3, « La tournée des popotes » sur France 5, « Cuisines des terroirs » sur ARTE, « Un dîner presque parfait » sur W9, « Les 10 plats préférés, le classement des Français » sur C8, « Manger c'est voter » sur Public sénat, « Un Chef à ma porte » et « C moi qui régale ! » sur Gulli (pour l’initiation à l’obésité), « Et toi tu manges quoi ? » sur NRJ 12, « Ma recette avec un chef » sur BFMTV, « A toutes saveurs » sur France info, « On va déguster » sur France Inter, « Les Bonnes Choses » sur France Culture, « Le Plat du Jour » sur RTL ou « La table des bons vivants » sur Europe 1 et j’en oublie bien sûr et je ne parle pas de toutes les occasions que ne manquent pas de saisir les autres émissions non spécialisées ou la presse écrite, quand elles ne savent pas trop de quoi parler, en choisissant justement comme sujet un aliment ou un plat particulièrement « intéressant ».
Bien entendu il ne s’agit presque jamais de cuisine bas de gamme comme celle relative aux fast-foods mais plutôt de cuisine raffinée de grands chefs, par exemple au hasard de « Blanquette de veau façon Makis en chemise de poireau avec sauce mousseuse et parfum de badiane et de fenouil » mais je prétends (jusqu’à ce que quelqu’un ait réussi à me prouver le contraire) que passer son temps à se préoccuper de nourriture, à la voir parfois en gros plan, est de nature à créer ou renforcer l’obésité.
Évidemment les grands chefs cuisiniers ont tout intérêt à ce que l’on parle de ce qu’ils font, ne serait-ce que pour leur notoriété et la bonne santé de leurs établissements, évidemment les amateurs de ce genre de programmes y trouvent un certain intérêt entre autres en essayant parfois de réaliser les recettes présentées mais insidieusement cet intérêt les conduira tôt ou tard à manger davantage et donc à entretenir leur obésité ou à la créer.
En tous cas la situation est la suivante, la nourriture est partout dans les médias et le nombre d’obèses ne cesse d’augmenter mais que fait-on et que faudrait-il faire ? Force est de constater qu’il n’y a pour l’instant aucune réaction face à l’invasion de la gastronomie dans nos vies et, si l’on voulait être logique on devrait, étant donnée l’ampleur du phénomène, limiter le nombre de ces incitations à (trop) manger en invitant les médias à « parler d’autre chose » et, si besoin est, puisque ceux-ci ont trouvé là un moyen commode de faire de l’audience et d’occuper leurs espaces de diffusion, en légiférant c’est-à-dire en les obligeant à ne pas dépasser une certaine « dose ».
Mais actuellement nous n’en sommes pas là car sous prétexte de transformer le plus de personnes possible en chefs cuisiniers les médias ne font que gaver jour après jour le public qui a la faiblesse de succomber à l’attrait de leurs contenus culinaires.
Ou alors il faudrait tenter de nous persuader que l’obésité ne doit pas être considérée comme étant un problème vraiment important bien que selon certains elle accroîtrait le risque d’hypertension artérielle, d’athérosclérose, de dyslipidémie, de maladies du foie, de maladie rénale chronique et qu’elle serait aussi associée à de nombreux cancers, sans parler de l’esthétique particulière qu’elle confère aux personnes qui en sont atteintes.

 
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